Les prix quadruplent en quelques mois
Il y a longtemps que l’on ne parle plus d’une légère indexation ou d’une adaptation limitée des prix. Dans de récentes déclarations d’expansion, nous avons vu des modules de mémoire vive multiplier leur prix par un facteur de quatre, voire de cinq, par rapport à ce qu’ils coûtaient quelques mois plus tôt. Il en va de même pour les disques SSD d’entreprise.
Ce qui est remarquable, c’est que ces niveaux de prix sont également instables : les fournisseurs donnent aujourd’hui des offres qui ne sont valables que pour deux ou trois semaines, parfois même pour 14 jours, précisément parce qu’ils manquent eux-mêmes de certitude quant à l’offre et au prix de revient.
Le taux de change du dollar n’est pas le principal responsable cette fois-ci
Contrairement à la période Corona, le taux de change du dollar joue aujourd’hui un rôle beaucoup plus limité. Bien sûr, le prix de certains matériels reste fixé en dollars, mais dans les cas récents, nous constatons que les augmentations de prix ne suivent pas proportionnellement les fluctuations du taux de change. L’origine du problème est ailleurs : dans la disponibilité des matières premières essentielles, dans les coûtsénergétiques et dans la capacité de production du secteur des semi-conducteurs.
Le détroit d’Ormuz : un impact indirect mais réel
Les récents événements géopolitiques ont ajouté un nouveau facteur d’incertitude. La fermeture (partielle) et la perturbation du détroit d’Ormuz n’affectent pas directement les usines de fabrication de puces en Europe, mais elles ont un impact indirect démontrable sur la production mondiale de semi-conducteurs.
De multiples analyses indépendantes montrent que :
- Une part importante des exportations mondiales de GNL et d’énergie par cette voie sont en cours d’exécution.
- Les grandes régions productrices de semi-conducteurs, telles que Taïwan et la Corée du Sud, dépendent fortement des importations d’énergie pour faire fonctionner leurs usines 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7
- L’hélium, un gaz essentiel pour la production de puces (réfrigération, lithographie), est en grande partie un sous-produit du GNL provenant de la région du Golfe. Le Qatar fournit à lui seul environ un tiers de la production mondiale d’hélium.
Les perturbations de cette chaîne n’entraînent pas nécessairement un arrêt immédiat de la production, mais elles augmentent le coût, le risque et la volatilité de la production de mémoires et de disques SSD. De nombreuses analyses montrent que les puces à mémoire (DRAM et NAND) sont particulièrement sujettes à ces perturbations.
Concrètement, que pouvez-vous faire à ce sujet ?
Dans ce contexte, il est important de ne pas partir automatiquement du principe que « le remplacement est préférable ». Il existe une alternative souvent sous-estimée mais très rationnelle :
- Continuer à utiliser les serveurs et le stockage existants plus longtemps, surtout s’ils sont encore techniquement adéquats.
- Aujourd’hui, les fabricants offrent souvent la possibilité d’étendre l’assistance à 7 ans ou plus, y compris le micrologiciel, le remplacement des pièces et l’assistance.
- Des extensions limitées et ciblées (par exemple, de la mémoire ou du stockage supplémentaire lorsque cela est strictement nécessaire) peuvent prolonger la durée de vie de manière significative.
- Une fois que le marché se sera normalisé, vous pourrez réévaluer la situation et procéder alors à un rafraîchissement complet du matériel.
Gestion consciente des risques, pas de procrastination
Le report des achats peut parfois être assimilé à de la passivité, mais dans le contexte actuel, c’est tout le contraire. Ceux qui procèdent aujourd’hui à des mises à niveau complètes de leur matériel au moment où le marché est le plus volatil supportent des coûts organisationnels inutilement élevés. Ceux qui associent le choix du moment à une analyse claire de l’état de l’infrastructure et de l’évolution du marché pratiquent une gestion active des risques.
Cela nécessite une vision précise de l’état de votre infrastructure actuelle, de ce qui est contractuellement renouvelable et des seuils critiques à partir desquels vous devez réellement intervenir. C’est exactement ce que nous, chez Xylos, aidons nos clients à faire : traduire les choix techniques en une approche économiquement saine, dans un souci de continuité aujourd’hui et de synchronisation intelligente demain.
En conclusion
Mon message n’est pas un plaidoyer contre l’innovation, mais plutôt en faveur d’un timing réfléchi. La pression actuelle sur les prix de la mémoire vive et des disques SSD est le résultat de facteurs structurels dans la chaîne mondiale des semi-conducteurs, et non d’effets de mode temporaires. En faisant preuve d’intelligence en matière de durée de vie, d’expansion et de calendrier d’achat, les entreprises peuvent traverser cette période sans sacrifier la continuité ou la performance.
Vous voulez savoir comment tirer le meilleur parti de votre infrastructure actuelle dans ces conditions de marché ? Notre équipe se fera un plaisir d’examiner avec vous l’approche la plus judicieuse pour votre situation spécifique.
A propos de l’auteur
Frank Dierickx est Partner Alliance Manager chez Xylos et suit quotidiennement l’évolution des écosystèmes matériels, des relations avec les fournisseurs et des projets d’infrastructure. Son expertise aide les clients à faire des choix technologiques qui sont techniquement valables et économiquement justifiés.