Toutes les deux semaines, nous publions sur le blog Xylos un tour d’horizon pertinent et impartial de ce qui fait véritablement l’actualité dans le monde de l’IA générative, accompagné des explications nécessaires. Ce tour d’horizon s’appuie sur la synthèse bimensuelle de Tom Van ‘t veld, Learning Innovator chez OASE (powered by Xylos). Tom suit de près les évolutions en matière d’IA, et nous traduisons ses observations en termes concrets pour les organisations et les personnes qui y travaillent. Bienvenue dans ce sixième numéro.
NUMÉRO 6 • 22 JUIN 2026
Voici cinq histoires des deux dernières semaines qui sont les plus bénéfiques pour votre organisation.
L’histoire de Fable : un modèle d’IA commercial désactivé d’un simple coup de baguette magique
Le 9 juin, Anthropic a lancé Claude Fable 5, le premier modèle de la classe Mythos. Trois jours plus tard , Anthropic a désactivé ces deux modèles à l’échelle mondiale. Le ministère américain du Commerce avait en effet émis une directive visant à interdire l’accès aux ressortissants étrangers, en vertu des règles d’exportation et pour des raisons de sécurité nationale. Dans un cloud partagé, il est impossible de vérifier en temps réel la nationalité des utilisateurs. La désactivation mondiale s’est avérée être la seule option pratique.
La raison s’est avérée banale. Le PDG d’Amazon, Andy Jassy, avait laissé entendre lors d’un entretien avec les autorités américaines que ses chercheurs avaient extrait des informations à l’aide de Fable. Ces informations pourraient être utilisées pour mener des cyberattaques. Selon un chercheur impliqué, ce « jailbreak » tant redouté se résumait à permettre la lecture et la modification d’un bout de code. Une opération tout aussi facile à réaliser avec d’autres modèles, y compris GPT-5.5. Les chercheurs en sécurité ont qualifié cette interdiction de « dangereuse » et ont estimé que le modèle ne présentait « aucun risque particulier ».
En Europe, le débat sur la souveraineté technologique est immédiatement revenu au premier plan. La France a plaidé haut et fort en faveur du Mistral. La Commission européenne examine les conséquences pratiques. Anthropic modifie sa politique de confidentialité afin que les citoyens américains puissent à nouveau y accéder après une vérification d’identité (à compter du 8 juillet). Pour les utilisateurs professionnels hors des États-Unis, cela n’offre guère de perspectives.
Pour les organisations belges, il s’agit ici d’un principe qui prime sur le modèle concret. Une autorité étrangère peut, d’un simple décret, mettre hors service un modèle d’IA commercial utilisé par des centaines de millions d’utilisateurs. Cela met en péril la continuité de toute organisation dont les processus critiques reposent sur un seul fournisseur d’IA. La bonne réaction consiste à d’éviter activement la dépendance vis-à-vis d’un fournisseur. Concevez votre pile d’IA de manière suffisamment flexible pour pouvoir basculer vers un autre modèle si nécessaire. Articulez vos processus critiques autour d’une combinaison judicieuse de fournisseurs, en prévoyant une stratégie de migration claire au cas où l’un d’entre eux viendrait à faire défaut.
Copilot Cowork est désormais accessible à tous, et la facturation est variable
Le 16 juin, Microsoft a annoncé Copilot Cowork est désormais disponible pour tous. Cowork est la couche « agent » de Copilot. Elle exécute de manière autonome des tâches complexes et de longue durée, au lieu de se contenter de formuler une suggestion. Un nouveau bouton permettant de passer du mode chat au mode Cowork est désormais disponible dans l’application Microsoft 365 Copilot. Si vous ne disposez pas encore de licence, un bouton « Demander l’accès » s’affiche.
Un détail important pour les organisations européennes : Cowork fonctionne actuellement avec des modèles Anthropic. Ces données sont traitées en dehors de l’UE. Des modèles GPT seront bientôt ajoutés (déjà disponibles à l’essai dans le programme Frontier), et ceux-ci fonctionneraient au sein de l’UE. Microsoft annonce par ailleurs le lancement de son propre modèle, moins coûteux, baptisé « Cowork 1 », destiné aux tâches courantes.
Le principal changement concerne le modèle tarifaire. Cowork n’est pas inclus dans la licence Copilot standard; vous le payez séparément via des Copilot Credits. Chaque tâche est facturée en fonction de quatre facteurs : le modèle choisi, le contexte récupéré, le nombre d’outils utilisés et la durée d’exécution. Microsoft classe les tâches en trois catégories : légères, moyennes et lourdes. Une tâche légère coûte environ 1 à 3 dollars, par exemple un bref résumé. Une tâche lourde peut atteindre 7 dollars ou plus, comme la comparaison de milliers de fichiers entre deux versions d’un produit. Le paiement à l’utilisation et un volume P3 prédéfini avec remise sont tous deux possibles.
Pour les responsables informatiques et les directeurs financiers, cela implique un changement fondamental dans la manière dont vous établissez le budget consacré à l’IA. Une structure de coûts variable nécessite un suivi et des accords clairs, ce qui n’était pas nécessaire avec les licences mensuelles fixes. Quelles équipes ou quels rôles sont autorisés à déclencher des tâches d’agent ? Quels types de tâches mettez-vous effectivement en œuvre dans Cowork plutôt que dans le Copilot classique ? Un déploiement structuré sur quelques cas d’utilisation rend la valeur ajoutée tangible, sans que la facture ne s’alourdisse.

Les coûts variables liés à l’IA se généralisent
Le modèle de tarification de Cowork s’inscrit dans une tendance plus large. Uber a récemment fixé une limite de 1 500 dollars par mois et par employé pour l’utilisation de l’IA. La pratique du « tokenmaxxen », développée en interne (qui consiste à brûler autant de jetons que possible, parfois avec des classements internes), se heurte à la réalité des comptes de jetons. OpenAI aurait enregistré une perte de 38,5 milliards de dollars en 2025, soit près de huit fois plus que l’année précédente. Anthropic a suspendu in extremis une augmentation prévue des tarifs de son SDK Claude Agent. Cette pression résulte des baisses de prix pratiquées par OpenAI et d’une introduction en bourse prévue.
Le message adressé aux organisations belges est que les coûts liés à l’IA deviennent moins prévisibles que ceux d’une licence logicielle classique. Une approche réfléchie permet de garder le contrôle. Travaillez par équipe ou par cas d’utilisation avec un budget IA fixe et surveillez la consommation chaque semaine. Évaluez chaque trimestre si la valeur ajoutée est à la hauteur des coûts. Testez d’abord les tâches les plus complexes des agents à petite échelle avant de procéder à un déploiement à plus grande échelle. Une gouvernance structurée des budgets consacrés à l’IA fait désormais tout autant partie intégrante de l’environnement de travail numérique que le choix des licences lui-même.
L’IA fantôme et l’empoisonnement de l’IA : deux risques qui se renforcent mutuellement
L’autorité européenne de protection des données met en garde contre l’« IA fantôme »: des collaborateurs qui utilisent de leur propre initiative des outils d’IA et provoquent ainsi, sans le vouloir, des fuites de données d’entreprise. Le problème s’aggrave à mesure que les outils grand public deviennent plus accessibles et semblent plus pratiques que les alternatives officiellement approuvées au sein de l’organisation.
Au cours de la même semaine, il est apparu que ChatGPT recommandait, dans ses résultats d’achat, de fausses boutiques en ligne qui cherchaient à s’emparer des données de paiement. La cause de ce phénomène est ce que les chercheurs appellent l’« empoisonnement de l’IA »: des acteurs malveillants manipulent les sources sur lesquelles les modèles d’IA s’entraînent ou à partir desquelles ils effectuent leurs recherches, de sorte que des résultats nuisibles se retrouvent dans les réponses officielles.
Deux risques qui sont étroitement liés. L’IA « fantôme » entraîne une fuite incontrôlée des données hors de l’organisation, tandis que l’« empoisonnement de l’IA » fait entrer des réponses peu fiables au sein de celle-ci. Une solution viable allie technologie et sensibilisation. Mettez en place des directives claires en matière d’IA afin de fournir des repères à vos collaborateurs. Mettez à disposition une plateforme d’IA officiellement prise en charge afin de supprimer le recours aux outils parallèles. Et investissez dans un parcours de formation continu afin que chacun sache où se situent les limites de ce que l’on peut confier à un assistant IA. Nos équipes chargées de la cybersécurité et de la formation collaborent souvent à cette interface.
L’IA dans l’enseignement : la Flandre opte pour une feuille de route
La Norvège est récemment devenue le premier pays européen à exclure en grande partie l’IA générative de l’enseignement primaire. La crainte est que les enfants ne sautent des étapes cruciales de leur apprentissage et ne développent pas suffisamment leur esprit critique. La Flandre choisit une autre voie. Le ministre Demir débloque 10 millions d’euros pour une feuille de route sur l’IA pour l’enseignement. L’utilisation responsable et la supervision humaine y occupent une place centrale.
Une décision dont les répercussions s’étendent au-delà des murs de l’école. Les personnes qui intégreront le monde du travail dans les années à venir apporteront avec elles les habitudes en matière d’IA qui se forgent actuellement sur les bancs de l’école. Pour les organisations, cela implique un double défi. En amont, les employeurs peuvent soutenir le parcours flamand en collaborant avec des partenaires éducatifs. En interne, la maîtrise de l’IA reste une compétence fondamentale qui doit être entretenue à tous les niveaux de l’organisation. Cela rejoint ce que Tom et ses collègues d’OASE et de Xylos Learning développent au quotidien. Des programmes de formation qui apprennent aux personnes à formuler des invites, à évaluer et à lire de manière critique, et qui évoluent au rythme des nouveaux outils mis en place.
Nous serons de retour dans une quinzaine de jours avec la prochaine édition.
À propos de Tom Van ‘t veld
Tom travaille depuis des années chez Xylos, où il a débuté en tant que formateur Microsoft Office avant de devenir le moteur de concepts pédagogiques innovants. Il est l’un des initiateurs de OASE, la plateforme d’apprentissage en ligne de Xylos, et de PlayForward, la nouvelle marque d’apprentissage ludique de Xylos. Il a également développé, entre autres, le Concept Digital Coach, une application « Escape Room » pour Microsoft Teams et le jeu mAindset grâce auquel les collaborateurs apprennent de manière ludique à utiliser les invites avec l’IA. En tant qu’innovateur en matière d’apprentissage, il s’est de plus en plus intéressé ces dernières années à l’impact de l’IA sur notre façon d’apprendre et de travailler. Vous souhaitez réagir ou poursuivre la discussion ? Retrouvez-le sur LinkedIn.